Dans la cale, et ailleurs… (Partie 2/3)

Oui Internet,
Comme je te l’ai écrit dans ma bafouille précédente je me tiens occupé parfois bien loin des LCD, HTTP et TCP dont tu sembles dramatiquement t’entêter à dépendre.
Il n’est pas toujours commode de me tirer des longues errances mentales dans lesquelles souvent je n’ai pas même conscience de me perdre, tant sont omniprésents – dans la musique ou dans les contingences quotidiennes – les motifs de divagation, et tentantes les occasions de grappiller encore un peu de déconnexion. Aussi ne va surtout pas t’imaginer que je te boude ni même que tu es le seul à pâtir de ces difficultés.

Le pire c’est qu’il n’y a pas que la tête !
Mes doigts aussi ont leurs envies personnelles. Si je les laissais faire ils enfonceraient volontiers trois pistons de leur connaissance plutôt que les touches d’un ordinateur. Et combien de fois les ai-je surpris dans un bol de noix de cajou, autour d’un verre à bière, sinon à traîner dans les cheveux ou les Lego des enfants ?

Pour parvenir à rassembler tous ces bouts de moi autonomes, j’ai mes prédilections.
Je te l’ai déjà dis : je lis.
Mais, tu le sais déjà, une autre occupation à mes faveurs. Et celle-ci est idéale pour allier le plaisir des doigts et la concentration de l’esprit.

Je joue

J’ai l’impression d’avoir moins joué que d’habitude ces dernières semaines.
Si je me creuse un peu la tête (une vraie taupinière…) je dois pouvoir vous dire les titres que j’ai eu l’occasion de découvrir.
Gugong (2018) de Andreas Steding à 2 joueurs avec mon amoureuse.
Merlin (2017) de Stefan Feld et Michael Rieneck à 4 joueurs avec un couple d’amis.
Clans of Caledonia (2017) de Juma Al-Joujou à 4 joueurs avec les mêmes.
Master Word (2020) de Gérald Cattiaux en famille à 6 joueurs et je ne crois pas que c’était la configuration idéale.
Byzantium (2005) de Martin Wallace à 2 joueurs avec mon amoureuse.
Elastium (2019) de Oren Shainin à 4 joueurs avec les enfants qui étaient excités à l’idée de jouer avec des élastiques. Ça n’a pas dégénéré en bataille générale, c’est plutôt bon signe pour l’intérêt du jeu.
Contrast (2017) de Julien Percot à 4 joueurs avec les mêmes enfants (je me suis habitué à eux, je les garde).
Abyss – Conspiracy (2019) de Bruno Cathala et Charles Chevallier à 3 joueurs chez un ami.
Beyond Baker Street (2016) de Steve MacKenzie et Robin Lees qui, comme The Crew de Thomas Sing que j’ai découvert à sa sortie en 2020 mais auquel j’ai continué de jouer ces dernières semaines, ressemble à Hanabi (ce jeu extraordinaire, dont je vous ai déjà dit pourquoi c’est bien). Sauf que pour l’un des deux – que par élégance je ne nommerai pas – on n’a plus simplement affaire à une petite ressemblance… The Crew est plus original, j’y reviendrai plus bas.
Frayeur (2017) de Friedemann Friese, à 4 joueurs avec les enfants, m’a fait prendre conscience que si Friedemann Friese est un génial créateur de concepts, un concept ne suffit pas à faire un bon jeu.
Michel Strogoff (2019) de Alberto Corral à 4 joueurs avec les enfants, auquel il faudra que je consacre davantage de parties car j’ai prévu de faire, un jour, un article sur les jeux adaptés de romans.
MicroMacro – Crime City (2020) de Johannes Sich à 2 ou 4 joueurs, avec ou sans les enfants.

Mes trois dernières découvertes.

Aucun de ces jeux ne m’a déplu. En revanche ils ne m’ont plu qu’à des degrés divers : certains m’ont amusé, l’un d’entre eux m’a carrément enthousiasmé, certains m’ont donné envie d’y revenir dans une configuration ou un contexte différent, mais j’en ressors globalement avec une impression mitigée et la ferme conviction que c’est décidément une mauvaise idée d’acheter des jeux soldés.
Je ne m’étalerai pas davantage sur ces jeux pour l’instant. Faisons comme dans le précédent billet à propos de mes lectures : donnons-nous rendez-vous dans les commentaires.


Deux des jeux cités plus haut méritent tout de même qu’on s’attarde encore un peu. Depuis leur sortie respective, et plus encore à l’approche de la remise des prochains trophées de l’As d’Or 2021 (le festival ludique français à rayonnement international), MicroMacro – Crime City de Johannes Sich et The Crew de Thomas Sing agitent la communauté ludique. Ils font le buzz, comme on dit. Le premier, nommé dans la catégorie Famille, est accueilli assez unanimement. Le second provoque une petite polémique pour sa nomination dans la catégorie Expert : il y a 10 ans le jeu aurait été nommé en catégorie famille car il n’est pas vraiment complexe, mais le marché a changé – c’est comme ça – que voulez-vous ma bonne dame ? Quoi qu’il en soit les deux sont très bons et ont cette petite touche d’innovation indispensable de nos jours pour espérer sortir du lot.
Attention : ils n’ont pas encore été primés, il y a d’autres jeux nommés dans leurs catégories. D’ailleurs il y a aussi une catégorie Enfants.
Mais là c’est un billet dans lequel je parle des jeux auxquels j’ai joué, et les autres je n’y ai pas joué… De toute façon je fais le pari, un peu comme tout le monde, que ce sont ces deux-là qui vont rafler la mise.

Deux futurs lauréats ?

MicroMacro – Crime City est une sorte de Où est Charlie ? avec des airs de jeu d’enquête narratif qui se présente sous la forme d’un grand plan de ville dépliable. Beaucoup d’observation et un peu de déduction, le tout dans une ambiance de crime et de corruption. Très chouette à jouer avec les enfants !
Rien à dire de plus sur ce jeu – j’ai tout dit – hormis quand même que l’essayer c’est l’adopter.

The Crew est un jeu de plis coopératif et évolutif à difficulté progressive. QUOI ?
C’est excellent, c’est tout ce que tu as à savoir pour l’instant. Je t’en expliquerai bientôt davantage, en même temps que je te dirai pourquoi c’est bien.


Tekhenu, l’obélisque du soleil

Au fond, je voulais surtout te parler de ce jeu. Découvert récemment, au milieu des autres plus ou moins bons jeux dont j’ai parlé jusqu’ici, Tekhenu (2020) de Daniele Tascini et Dávid Turczi est le gros jeu bien touffu sur lequel on s’amuse en ce moment, quand on a envie de passer 2 heures autour d’un jeu et de se créer des dilemmes réjouissants à résoudre.

Le jeu séduit d’abord par la profusion et la qualité de son matériel : un immense plateau légèrement délavé au rendu désuet, voire antique, sur lequel tranchent des dés aux couleurs naturelles et des pions de couleur vives. Un régal pour les yeux, mais aussi pour les doigts (encore eux !) qui auront beaucoup à se mettre sous la pulpe. L’orgie n’est pas que visuelle. Les règles, truffées de mécanismes imbriqués, sont difficiles à appréhender. C’est riche. C’est généreux. C’est copieux, voilà ! Difficile à digérer, peut-être. Fluide ? Sûrement pas. Si Tekhenu colle aux nouveaux standards matériels de production, rien dans sa conception ne semble avoir cédé aux impératifs ludiques actuels. Il ne s’apprivoise pas en une seule partie. Prévoyez même quelques relectures de la règle. Tout ce que j’aime !

Avant-goût d’un futur article.

Rien à ajouter à ce panorama de mes découvertes récentes. J’ai joué à d’autres jeux, d’anciens et fidèles compagnons. Je trouverai sûrement le moyen d’en parler ; comme d’habitude c’est plutôt le temps qui me fait défaut. Je ne passe pas autant de temps que je le voudrais sur danslacale.fr. Je viens d’expliquer ici et que je joue et lis beaucoup. Écrire aussi me prend du temps, je le fais avec un égal plaisir que ce soit dans la cale ou ailleurs. Le 3ème et dernier volet de cette série aura une nature un peu différente.

(à suivre)

Voir aussi :



11 commentaires sur “Dans la cale, et ailleurs… (Partie 2/3)

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    1. Cher monsieur T,
      Vous connaissez donc aussi les jeux de société modernes ?
      A la maison nous jouons principalement à deux. Il nous arrive régulièrement de jouer avec des amis, les enfants, mes parents et mes frères, mais les parties habituelles le soir en semaine c’est à deux joueurs. Et pour les gros jeux casse-tête, nous préférons toujours nous familiariser tranquillement à deux joueurs, sans nous presser, en deux ou trois parties.

      Comme souvent avec les jeux de Martin Wallace, pour Byzantium il a d’abord fallu nous familiariser avec une ou deux dynamiques pas vraiment évidentes (disons, pas naturelles). Cette phase d’apprentissage est toujours un moment que j’aime quand je découvre un jeu.
      Ici, entre autres, le système de dépense et affectation des cubes militaires.

      J’ai tout de suite apprécié le rapport asymétrique, non pas entre les joueurs, mais entre les civilisations en présence sur la carte du jeu. Les Perses sont en déclin, les Arabes démarrent à partir de rien dans le sud de la région, et les Byzantins sont bien implantés mais ont une plus grande inertie. Ça m’a beaucoup plu de constater avec quelle rapidité les forces s’équilibrent.
      De ce point de vue, on retrouve bien le souci thématique habituel de l’auteur (ici, la réalité historique géopolitique).

      Passée la familiarisation avec les règles, la gestion des cubes sur le plateau personnel m’a semblé rapidement un peu banale. Et les combats manquent peut-être d’intensité (?)

      Finalement nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait d’un jeu exclusivement stratégique (nous ignorions tout de ce jeu, que mon amoureuse m’a offert au hasard), au point que je le classerai volontiers comme étant un wargame.
      Genre que je n’affectionne plutôt pas.
      Nous n’avons pas une forte envie d’y rejouer, passées les 3 parties de découvertes. Il fait partie des déceptions de la liste, et je ne pense malheureusement pas que ce soit lié au fait d’y avoir joué à deux.

      N.B. : Je n’ignore pas que certains jeux, notamment ceux de cet auteur, ont la réputation d’être beaucoup moins bons à 2 joueurs. Mais à titre d’exemple, nous adorons Brass à 2 joueurs (nous possédons la vieille édition mais y jouons avec la variante de l’édition récente).

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      1. Effectivement, ce jeu s’apparente probablement plus à un wargame qu’à un jeu de gestion.
        Mais comme vous l’avez relevé, j’aime beaucoup l’asymétrie que présentent les civilisations auxquelles chacun va devoir prendre part, en essayant de concilier des intérêts discordants, aussi bien entre les propres camps d’un joueur, qu’entre les différents joueurs d’un même camp.
        Ce double grand écart me plait vraiment. La tension qui en ressort dans les parties à quatre joueurs est exaltante.

        Je regrette juste d’avoir du mal à proposer ce jeu depuis quelque temps… Disons qu’il n’a pas pour lui le matériel et les graphismes chatoyants qu’on peut trouver dans les boîtes plus récentes, et dispose d’une prise en main peu aisée, qui peut facilement rebuter.
        Personnellement je prends du plaisir à buter sur une mécanique et à la pratiquer (la phase d’apprentissage que vous évoquez).

        Ce que j’affectionne généralement avec Martin Wallace, c’est la conception bien singulière qu’il apporte à ses jeux et ce souci thématique, qui forcent les joueurs à devoir s’adapter aux mécaniques qu’il met en place.

        Si vous vous intéressez aux jeux intégrant un thème géopolitique, vous êtes-vous penché sur la version française récente de Pax Pamir v2 ?
        Je n’ai pas encore eu l’occasion d’y jouer, mais j’ai l’impression qu’on y retrouve un peu de cette dualité entre les forces mouvantes au gré des actions des joueurs. De plus, il semble bien moins contre-indiqué dans une configuration à deux.

        NB : Je me rends compte que mon premier commentaire était un peu sec. Je vous salue et vous remercie pour ce billet, bien évidemment, et j’apprécie ces échanges.

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      2. Pas de souci pour le ton, je n’ai rien ressenti de sec.
        Quant à Pax Pamir, je me suis penché dessus juste assez pour voir le prix… :/

        Merci pour les mercis.

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  1. Qu’est-ce qui t’a déplu à Clans of Caledonia ? Je l’avais emprunté et fait quelques parties, il m’avait laissé une très bonne impression.

    Et Conspiracy ? (celui-là je l’ai trouvé très oubliable mais il est tellement encensé par ailleurs – aura des auteurs ? – que je suis curieux d’avoir ton avis)

    Bon courage sur l’article des jeux adaptés de romans, t’as du boulot !

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Lionel,
      Qu’est-ce qui te fait penser que quelque chose m’a déplu dans Clans of Caledonia ?
      Si tu relis ce que j’ai écrit, tu verras que je dis « l’un d’entre eux m’a carrément enthousiasmé ». Pas de bol pour toi, ou bien manque de flair : il s’agit justement de ce jeu-là. Je n’ai eu l’occasion d’y jouer qu’une seule fois mais j’ai tout apprécié. Je l’aurais même acheté s’il était disponible et si les aménagements matériels pour y jouer à 2 n’étaient pas si… disons, inélégants.

      Conspiracy. Oui. D’accord avec toi une seconde fois : oubliable. Deux parties et je me suis ennuyé aux deux. Ce qui est une prouesse pour un jeu dont les parties sont si courtes. (Lien de cause à effet ? Sachant que j’aime que les parties durent… Même pas sûr, le système n’est pas passionnant.)
      Il est vraiment encensé sur le net ? Pourquoi donc ? Il existe tellement d’autres jeux de ce format. L’aura des auteurs peut expliquer un bref buzz de communication, ça on est habitués.
      Bon, les goûts et les couleurs, tout ça… D’ailleurs les deux autres joueurs ont eu l’air de bien apprécier.

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    2. Pour les jeux adaptés de romans… Il y en a tant que ça ?
      J’ai pensé à une série de trois articles : un focus sur les adaptations de Ken Follett par Michael Rieneck (ça ne te surprendra pas !), un focus sur les adaptations de Jules Verne (dont une par Michael Rieneck… je crois que je tiens quelque chose !), et un dernier avec des références en vrac (dont la myriade d’adaptation de Tolkien et Lovecraft).

      Il me manque quoi ?

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  2. Ah désolé je pensais que celui qui t’avait plu c’était Tekhenu. Ou Merlin dont tu avais dit du bien également. Donc par élimination…

    Je pense que Conspiracy est encensé parce qu’il « se joue vite ». Que dire face à de tels arguments !

    Livres tirés de romans : tu oublies les jeux Harry Potter si tu t’engages dans cette voie-là 😅
    Et tu pourras presque parler de Terraforming Mars…

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    1. Oui Tekhenu je l’aime beaucoup aussi. On a fait une dizaine de parties, il méritait d’être traité à part, il n’était pas dans la première liste.
      Après Clans of Calédonia je ne voulais pas souligner plus que ça. Déjà que je passe de la pommade à Pixie Games dans l’article suivant…

      Oui, Conspiracy des arguments dans l’air du temps : ça se joue vite, c’est fluide, vite sorti, vite rangé. Vite oublié.

      Oui ok, HP. Et Terraforming Mars oui je devrais glisser un petit mot. De toute façon cet article, au rythme où je vais, ce sera dans… 1 an ?

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