Le petit bleu de la côte Ouest (la B.O. du livre)

Arrêtez de cliquer sur l’image… la vraie fenêtre Youtube se trouve plus bas.

Dans les romans ce n’est pas rare de trouver des titres de morceaux de musique. Haruki Murakami et Stephen King, par exemple, sont coutumiers de la chose. Mais là je vais parler de Jean-Patrick Manchette. Oui, encore.
Il était très amateur de jazz, particulièrement des saxophonistes West Coast à en juger par ses références, et d’ailleurs il jouait lui-même un peu de saxophone alto.

Dans son roman Le petit bleu de la côte Ouest (1976), le personnage principal est souvent en voiture et le lecteur de cassettes tourne à fond. Dès qu’il rentre à la maison il lance la platine de disques.
Pas un chapitre sans une référence à un artiste de jazz. Parfois les titres sont explicitement cités, souvent seulement le nom des musiciens.

En notant bien tous les noms, je me suis prêté à l’exercice d’imaginer la bande originale du livre. Pas moins de 30 titres au final. Hormis 5 incartades, que du jazz West Coast.
Il ne s’agit pas de mon genre de jazz favori, moi je serais plutôt comme Liétard, le pote du héros.

Désolé, mon pote. J’ai que du hard bop.

Mais ça c’est une autre histoire. Et là ce sont les goûts de Manchette qui nous intéressent, pas les miens.

J.-P. Manchette par Maurice Rougemont (Opale / Leemage)

J’ai cependant essayé d’y coller le mieux possible :

  • en ne choisissant que des morceaux d’albums antérieurs à 1976, date d’écriture du roman,
  • en privilégiant des albums de labels californiens, avec des arrangeurs et des musiciens style West Coast,
  • en respectant l’ambiance de certaines scènes du livre : par exemple pour la scène d’ouverture, parisienne et nocturne avec du Gerry Mulligan, j’ai choisi un morceau ayant pour titre Night Lights,
  • et j’ai même essayé de trouver des blues quand c’était possible, selon les préférences du personnage.

Le lecteur de cassettes diffusait Two Degrees East, Three Degrees West. Gerfaut arrêta le lecteur de cassettes. Peut-être allait-il découvrir des cadavres hideusement mutilés, une fillette aux nattes gluantes de sang, ou bien des blessés retenant leurs tripes à deux mains, on ne peut pas décemment faire ça en musique.

En deux ou trois occasions les titres sont cités.
Mais quand j’ai dû choisir, ce sont mes oreilles et ce qui se trouve entre chacune d’elles qui ont tranché.
De plus, quelques références échappaient au style.

Ainsi quand il est dit que Gerfault sifflote quatre mesures de Moonlight in Vermont je me suis autorisé à mettre une version chantée strictement proche de la mélodie plutôt qu’un arrangement West Coast pour saxophonistes, quand sur RTL (…) on entendit du Léonard Cohen hé bien j’ai mis du Léonard Cohen… et quand ce sont trois morceaux de musique classique (Chopin, Grieg et Listz) qui donnent l’ambiance musicale de la fusillade finale j’ai choisi des enregistrements d’Arthur Rubinstein pour être certain qu’ils étaient antérieurs à 1976.

J’ai aussi eu droit à une petite énigme qui m’a donnée un peu de fil à retordre :

A la radio, une dame noire chantait qu’aux petites heures de la nuit, quand tous les gens sont profondément endormis, tu restes éveillé dans ton lit et tu penses à lui, tu ne peux pas t’en empêcher.

J’ai fini par trouver qu’il s’agissait de la chanson In the wee small hours of the morning. Ce n’était pas si simple à deviner : les mots-clés night et sleep me plantaient, et la fin du couplet ne correspond pas.

In the wee small hours of the morning
While the whole wide world is fast asleep
You lie awake and think about the boy
And never, ever think of counting sheep

Enfin c’est bien cette chanson.
Et la seule femme noire qui semble avoir enregistré cette chanson c’est Ella Fitzgerald.


La playlist

Assez causé. Il est temps d’écouter.

N’hésitez pas à cliquer sur les petites flèches de navigation
pour passer au titre suivant ou revenir au précédent.

Ou mieux encore, sur l’icône playlist en haut à droite de la fenêtre youtube, et illustré ci-contre, pour afficher toute la liste des 30 morceaux.

En ce moment il est 2 h 30 ou peut-être 3 h 15 du matin et Gerfaut tourne autour de Paris à 145 km/h en écoutant de la musique West Coast, principalement des blues, sur son lecteur de cassettes.

Jean-Patrick Manchette. « Le petit bleu de la côte Ouest » (Payot Rivages/Noir, 1976)

A écouter pourquoi pas en relisant le livre.
Probablement le meilleur Manchette. Celui à conseiller en premier lieu, en tout cas.
Je vous renvoie au résumé que j’en avais fait, dans un autre article (lien).

Voir aussi :

9 commentaires sur “Le petit bleu de la côte Ouest (la B.O. du livre)

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  1. C’est vrai El Payo, mon truc c’est plutôt l’autre côte, celle du hard bop, mais faut dire que sur le périph, Mulligan ça tourne grave. J’écoute pas mal Lennie en ce moment et son  » I remember you  ». Et puis Jean Patrick il en parle bien, en connaisseur, comme toi, d’ailleurs bien joué l’énigme des petites heures de la nuit. Je vais mettre cette bande son dans mon casque et me relire les illustrations de Tardi parce qu’avec les images et le son on y est … Après je refléchirai à trouver un sujet à la hauteur, pragmatique, rythmé et rempli d’idéal…

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour monsieur,
    je m’adresse à vous car, alors que je lisais dernièrement «folle à tuer» de Monsieur Manchette (1975 éditions Gallimard -carré noir) , je fus arrêté dans mon élan de lecteur par la phrase que je vous cite :«Julie alla éteindre le poste, mit l’electrophone en marche et se passa King Porter Stomp.» ; aussi, hors la terrible banalité de cette phrase ce qui m’interloqua et coupa net le flux d’images et de sons qui commençait mollement à envahir l’ecran de ce cinéma mental qui s’ouvre inexorablement dès les premières pages d’un livre , ce qui me fit le refermer, dubitatif, c’est l’absence de précision de cette image sonore lancée bien légèrement, je trouve, par l’auteur dont vous semblez apprécier les qualités…

    De quelle version s’agissait-il ?
    L’héroïne, Julie, aurait pu pour le moins sortir le Vynils d’une pochette que l’auteur , s’il eût été plus malicieux que vous le pensez, nous aurez donné une rapide Mais explicative description.

    Malheureusement, nous sommes et restons à jamais dans l’expectative : S’agit-il de la version originale du standard de Jerry Roll Morton ou de celle de Benny Goodman, celle de Fletcher Henderson, Harry James, ou encore Pat williams, Gil Evans ???
    Heureusement celle du trio de jazz Air datant de 1979, nous pouvons d’office l’éliminer de notre enquête et questionnement pénible.

    Je vous remercierai donc chaleureusement si vous pouviez m’éclairer de vos connaissances en la matière afin de me permettre de reprendre la lecture de ce petit polar sans grande ambition, et remettre en marche mon projecteur virtuel qui s’est tristement refroidi…

    Bien à vous

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    1. Bonjour cher Jean Lénon,
      Pas de soucis, je comprends ce besoin de précision. Vous avez frappé à la bonne porte.
      Il s’agit de la version par l’orchestre de King Oliver. Effectivement Manchette ne le dit pas. Les vrais savent.
      Ce qu’il ne dit pas non plus c’est que Julie a arrêtée l’électrophone avant la fin car le vinyle était rayé.
      Sur youtube, ça correspond à la minute 2’17 ».

      Voilà de quoi renouer avec l’intrigue.
      Bonne lecture !

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  3. A noter, pour les nombreux curieux qui passent quotidiennement ici s’informer sur Manchette, que le roman « Folle à tuer » auquel fait référence Jean Lénon dans le commentaire ci-dessus est plus connu sous son titre original « Ô dingos, Ô châteaux » (écrit en 1972).
    La version de 1975 titrée « Folle à tuer » fait suite à l’adaptation cinématographique d’Yves Boisset, cette même année.

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  4. Merci pour votre réactivité Monsieur El Payo.
    Je continue donc !
    «En revenant à la fenêtre, elle sursauta.La soirée qui commençait était langoureuse et chaude.Dans la pénombre mauve éclaboussée par les lampadaires, Julie crut voir une silhouette massive en imper blanc à pattes d’epaules.Elle se pencha pour mieux voir, King Porter Stomp lui mettait les larmes aux yeux. Le temps de les essuyer, la silhouette avait disparu. Ou bien n’avait été qu’une illusion,un fantasme.»
    Je m’interroge encore à cet instant ?
    Êtes-vous bien sûr de la version qu’elle écoute, celle de l’orchestre de King Oliver me semblant bien trop enjouée pour tirer des larmes même à une jeune fille sortant de l’hôpital psychiatrique…
    En outre, un autre point me chiffonne : Comment peut-on, des larmes plein les yeux dans une pénombre mauve distinguer des pattes d’épaules sur un imper même blanc ???

    Et quelle drôle d’illusion et de fantasme engendrés par l’écoute de King Porter Stomp ?

    Tout ça ne me semble pas bien sérieux et je pense que je vais en rester là !

    Merci quand même pour votre diligence.

    Bien à vous

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    1. Cher monsieur Lénon,
      Vous mettez le doigt sur un élément crucial. Je viens de diligenter mes meilleurs enquêteurs pour répondre à votre question.
      Se pourrait-il que la version du morceau entendu soit différente d’une édition à l’autre du roman ?
      Dans la version de 1972, le fantasmatique imperméable est toujours bel et bien blanc avec des pattes d’épaules. C’est assez troublant.

      Jean-Patrick Manchette étant mort sans avoir laissé dans ses interviews et correspondances toutes les réponses à toutes les questions qui ne lui ont pas été posées, je crains de ne pas être très optimiste quant à l’éventualité de pouvoir vous éclairer davantage.

      Tout ceci n’est peut-être effectivement pas bien sérieux. Peut-être est-ce d’ailleurs une piste.

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  5. Dans le même film, notons aussi la présence de Louis la brocante, bien connu pour sa modeste participation à une extension du jeu «Seasons » jamais éditée malheureusement….

    Un fil mystérieux et envoûtant parcourt ce blog !

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  6. Passant, une saison en enfer sous le bras, je me permets de vous faire remarquer que le titre «ô dingos, ô châteaux » semble faire référence au poème qui suit:

    Ô SAISONS, Ô CHÂTEAUX

    Ô saisons, ô châteaux,
    Quelle âme est sans défauts ?

    J’ai fait la magique étude
    Du Bonheur que nul n’élude.

    Ô vive lui, chaque fois
    Que chante le coq gaulois.

    Mais ! je n’aurais plus d’envie,
    Il s’est chargé de ma vie.

    Ce Charme ! il prit âme et corps,
    Et dispersa tous efforts.

    Que comprendre à ma parole ?
    Il fait qu’elle fuie et vole !

    Ô saisons, ô châteaux !

    Et, si le malheur m’entraîne,
    Sa disgrâce m’est certaine.

    Il faut que son dédain, las !
    Me livre au plus prompt trépas!

    – Ô Saisons, ô châteaux!

    ———————————————
    J’espère que votre moulin profitera de cette humble rasade…

    Bien à vous tous

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